L’enfant qui mord : le comprendre et l’accompagner avec bienveillance

 

De manière générale, comprendre les raisons sous-jacentes aux comportements des enfants permet d’y réagir avec bienveillance. Comme tous les comportements, la morsure est un moyen de communication pour faire face à un défi ou répondre à un besoin. L’enfant mobilise l’acte de mordre parce qu’il ne peut pas ou ne sait pas faire autrement dans l’environnement dans lequel il se trouve et avec les moyens dont il dispose.

Ce qui empire les choses

Etiqueter l’enfant comme un “mordeur”

Les étiquettes ont un pouvoir anticipatoire. A force de dire à un enfant qu’il est un petit monstre ou qu’il est une tête de mule, il finira par l’intégrer comme un trait de sa personnalité.

Qualifier un enfant de “mordeur” sert d’explication magique, du moins pratique, pour éviter de chercher à comprendre les motivations de ce comportement inapproprié. Les étiquettes créent une forme de déterminisme et sapent le moral des adultes comme des enfants.

Punir

Punir, humilier l’enfant, le critiquer, ou encore isoler l’enfant de force n’agit pas sur les raisons qui poussent l’enfant à mordre. En revanche, l’enfant puni subit du stress et ce stress peut être à l’origine de comportements agressifs (y compris les morsures, enclenchant un cercle vicieux). Par ailleurs, punir n’enseigne aucune compétence qui pourrait aider l’enfant à passer par d’autres moyens que la morsure pour s’exprimer et satisfaire ses besoins.

Mordre en retour

Mordre l’enfant en retour est non seulement inefficace et nocif. La morsure volontaire infligée par un adulte sur un enfant est une violence physique et cela valide le fait que mordre (et de manière générale faire mal) est une manière appropriée de s’exprimer quand on est en démuni ou en colère.

Les causes des morsures chez les jeunes enfants 

Parmi les raisons les plus courantes qui déclenchent la morsure d’un enfant, on peut citer :

  • Un manque de compétences langagières pour exprimer des besoins
  • Une immaturité émotionnelle qui conduit l’enfant à être submergé par ses émotions
  • Une immaturité motrice et cognitive qui empêche l’enfant de réguler ses impulsions
  • Une surstimulation sensorielle qui désorganise l’enfant (trop de bruit, trop de lumière, trop de mouvement ou d’activité dans l’environnement)
  • Un besoin d’expérience et d’expérimentation des relations de cause/ conséquence
  • Un état de fatigue ou de stress qui dégrade la capacité à parler ou à réguler l’impulsivité
  • Un besoin de se soulager les gencives quand les dents poussent
  • Un besoin de stimulation orale
  • Un besoin de jeu libre, d’autonomie, d’exercice du pouvoir personnel
  • Une communication des limites physiques personnelles, une défense de la distance physique ressentie comme nécessaire et violée

 

 

 

 

Comment anticiper et prévenir les morsures de la part des jeunes enfants ?

Identifier les situations à risque pour anticiper 

Certains signes annonciateurs peuvent permettre d’anticiper les situations à risque. Il est possible de les identifier à travers des questions clés qui ouvrent des portes vers l’identification de schémas récurrents :

  • Quel est le niveau de langage de l’enfant ? a-t-il les mots pour exprimer ses émotions, formuler ses besoins ?
  • Quel est le niveau de développement moteur/ émotionnel de l’enfant ?
  • Que s’est-il passé juste avant la morsure ?
  • L’enfant avait-il manifesté de la détresse ou de l’agressivité quelque temps avant ?
  • Dans quel état l’enfant mordeur se trouvait-il (avait-il faim ? était-il fatigué ?)
  • À quel moment de la journée la morsure a-t-elle eu lieu (en fin de journée -> fatigue/ stress ? juste avant midi ou le goûter -> faim ? )
  • Avec qui l’enfant mordeur jouait-il ?
  • Qui a été mordu ? est-ce toujours/ souvent le même enfant mordu ? qu’est-ce que cela raconte sur la relation entre l’enfant mordeur et l’enfant mordu ?
  • Où l’enfant à l’origine de la morsure se trouvait-il ? y avait-il beaucoup de bruit, de lumière ?
  • Qui s’occupait de cet enfant ? était-il en manque d’attachement ?

Des stratégies pour empêcher les enfants de mordre 

En fonction des déclencheurs de morsure identifiés, il est possible d’apporter des stratégies préventives :

  • Si l’enfant semble surstimulé ou désorganisé, il est possible de l’accompagner dehors ou dans un coin plus calme (par exemple avec de la lumière tamisés), de lui proposer un temps calme de lecture ou de caresser une peluche douce, de le faire souffler dans une paille ou sur un moulin à vent;
  • Formuler des suggestions que l’enfant pourrait dire pour exprimer ses besoins : “X, tu es un peu trop proche de moi.” ou “Y, est-ce que je peux faire un tour de tricycle ?”;
  • Offrir quelque chose à mâchouiller (ex : collier de dentition ou fidget);
  • Mettre en place des outils visuels pour le rappel des règles (ex : déterminer un temps de jeu prédéfini matérialisé par un minuteur qui sonne; passer par le jeu ->  si deux enfants se disputent pour faire de la voiture à pédales en même temps, proposer que l’un conduise pendant que l’autre fait le plein d’essence puis inverser).

Développer les compétences orales des enfants 

En prévention, développer les compétences orales des enfants réduit la tentation de mordre pour s’exprimer. Cela peut passer par de l’étayage de la part des adultes :

  • Mettre en mots les émotions et pensées qu’on suppose chez l’enfant : “Tu voudrais faire un tour avec le camion ? Tu peux demander simplement et dire : est-ce que je pourrais faire un tour ?”
  • Donner le nom des émotions que l’enfant traverse ainsi que leur intensité : “J’ai l’impression que tu es en colère. Ça a l’air d’être une sacrée grosse colère, je dirais une colère de tigre ! Montre-moi comment ça fait un tigre en colère.”
  • Reconnaître les tentatives de l’enfant quand il adopte un comportement approprié : “Je t’ai vu avec ton petit frère, tu étais très délicat avec lui. Tu ne l’as pas poussé quand il est venu trop près de ta tour de cubes.”

Quand l’enfant a mordu : réagir avec bienveillance

Rester calme

Quand un jeune enfant mord, nous pouvons surréagir parce que nous sommes inquiets, frustrés ou encore embarrassés. Ces émotions sont OK car elles racontent ce qui est important pour nous, à savoir le respect de l’intégrité physique des uns et des autres et la non-violence. Pourtant, plus nous serons calmes, plus nous serons efficaces pour faire face à la situation.

Rappeler les règles avec des mots simples

Moins nous parlons, plus nous sommes efficaces. Nous pouvons rappeler avec peu de mots et de manière ferme que mordre est interdit :

  • “Stop. Mordre, ça fait mal. Tu peux dire les choses avec des mots.”
  • “On ne frappe pas et on ne mord pas. Je ne te permettrai jamais de le faire.”
  • “Quand tu es fâché, tu peux le dire avec des mots”

Deux conditions sont utiles pour des rappels efficaces :

  • Un rappel court et succinct
  • Répéter la règle sans attaque sur la personne de l’enfant, de manière impersonnelle

Attirer l’attention de l’enfant mordeur sur les conséquences de son acte permet de rappeler à l’enfant mordeur pourquoi cette règle existe : “M. pleure parce qu’il a mal. Mordre, ça fait très mal.”

S’occuper de l’enfant qui a été mordu

Quand l’adulte s’occupe de l’enfant qui a été mordu, il envoie le signal à l’enfant mordeur que l’acte de mordre ne sera pas “récompensé” par de l’attention, même négative. De plus, faire preuve d’empathie et réconforter l’enfant mordu incarne un exemple empathique (c’est ce qu’on fait quand quelqu’un se sent mal).

Faire preuve d’empathie pour l’enfant mordeur

Faire preuve d’empathie, c’est reconnaître les motivations “positives” de l’enfant mordeur. On parle de motivations positives dans le sens où tous les comportements ont une fonction utile, servent une intention positive ou s’expliquent par des “bonnes” raisons (obstacles dans l’environnement, stades de développement, besoins physiologiques ou affectifs insatisfaits…). Dans tous les cas, les enfants qui ont mordu cherchent à obtenir quelque chose qu’ils pensent ne pas pouvoir obtenir autrement ou bien agissent ainsi parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement dans les conditions actuelles.

Refléter ces motivations avec nos mots à travers l’écoute active permet aux enfants mordeurs de se sentir rejoints et compris. Leur estime de soi est préservée et ils n’ont pas besoin de lutter pour préserver leur dignité et leur intégrité.

Exemple : “Tu voulais vraiment ce jouet. Le fait que tu aies mordu m’indique à quel point tu voulais ce jouet”.

Fournir des outils pour développer des compétences 

L’éducation est synonyme d’enseignement et il est possible de proposer à l’enfant, une fois qu’on s’est connecté émotionnellement avec lui, des solutions pour faire autrement dans une situation future similaire :

  • “Si T. te prend un jouet des mains, tu pourrais lui dire : “T., c’est le mien. Tu peux me demander si tu le veux”
  • “Si tu veux jouer avec un autre enfant, tu peux lui demander s’il a envie de jouer avec toi”
  • “Si R. pleure parce que tu l’as mordu, tu peux le consoler et lui dire que tu es désolé. Ça lui fera du bien.”
  • “A ton avis, de quoi A. qui pleure aurait besoin de ta part pour aller mieux ?”

Si l’enfant semble encore agité ou sous stress, il peut être pertinent de proposer à l’enfant des activités pour libérer son énergie (comme courir dehors, sauter sur place, malaxer de la pâte à modeler…).

De plus, l’amitié et les jeux ne se forcent pas. Il est donc inutile de forcer les enfants à jouer ensemble après l’incident.

Garder en tête que la régulation des impulsions prend du temps 

Un enfant qui a mordu une fois peut mordre encore et il peut être nécessaire de répéter plusieurs fois les règles, aussi souvent que nécessaire. Les morsures disparaissent en général chez les enfants après 3,5/ 4 ans.

 

 

Pour élargir cet article, vous pouvez aussi consulter ce lien : https://lesprosdelapetiteenfance.fr/bebes-enfants/psycho-developpement/la-socialisation-des-enfants-selon-les-etapes-du-developpement/18-36-mois-comment-ameliorer-les-relations-et-les-comportements-des-enfants?fbclid=IwAR1RsDB5KPS1tsSmvRr3NTKkft-HlGIuI0rMEkB_lVCS_nBRwdPqn47HEaw